Mets-toi au monde

J’émerge… j’émerge d’un stage de 5 jours sur le Bassin avec Mandoline Whittlesey en compagnie de 19 autres femmes – c’était sublime, riche, rempli de moments d’une beauté exquise. Cinq jours où j’ai appris avec mon cerveau ce qui se passait dans ce corps qui me suit depuis 43 ans, pour ensuite mettre en mouvement ce savoir et découvrir, au final, que nous sommes une seule et unique entité, moi et mon corps. La présence de toutes ces femmes, la féminité dans toute sa multiplicité, a mis en mouvement autre chose : de la tendresse, de l’amour, en provenance d’elles mais aussi de moi-même. Et une conscience plus éveillée de ce qu’elle est cette féminité, si longtemps négligée, encore nébuleuse.

A quoi ça sert une femme? A quoi ça sert des règles? Dans les mots du Dr Elsimar Coutinho¹, vu dans le film La Lune en Moi, « À quoi ça sert une ovulation sans fécondation? Rien! » Pendant longtemps, l’utilité d’une femme se résumait à sa capacité d’enfanter, de nourrir, de garder chaud le foyer. En bonus, elle avait un corps sensuel et sexuel, qui nourrissait des rêves, des fantasmes mais comportait des graves inconvénients : une tendance fâcheuse à faire des bébés et à saigner à la Nouvelle Lune. La conception même de la femme venait du désir et des besoins de l’homme. [Je m’interroge sur l’utilisation du Passé Continu…]

Et si…

Et si la fonction primaire de la femme était de naître à elle-même? Si cette menstruation servait à féconder sa propre terre, à la construire, à la rendre fertile? En dehors du sens biologique de la fertilité, à quoi ressemblerait une femme fertile? À une oasis, à une végétation luxuriante et prometteuse, à un endroit où tout est possible. Nous avons accepté une vision bien réductrice de notre fertilité, une version liée uniquement à l’enfantement quand en réalité, une femme fertile crée dans tous les domaines de sa vie. Aux femmes qui disent ‘Oui, mais moi, je ne suis pas du tout créative…’ je répondrais que vous avez oublié votre créativité, ou qu’elle a été réprimée mais elle est là, enfouie en vous.

Beaucoup de choses peuvent entraver cette créativité : la dérision, le manque d’encouragement, la comparaison odieuse, la négligence, la violence… Alors elle est bafouée. Puis dans notre culture, nous épousons une créativité très masculine, celle qui est liée au résultat, celle qui est performante, celle qui tient la route. Elle se manifeste, elle se vend, elle fait ses preuves. Et elle peut faire très peur!

Imaginons autrement la femme. Imaginons-la comme une partie intégrante du cycle de la vie. Chaque mois, en dehors d’une grossesse, son corps manifeste les quatre saisons, la croissance d’un ovule, sa maturité, sa transformation et son retour éventuel vers la terre. Ses hormones se coordonnent dans une valse continuelle tels des vagues. Si nous ouvrons nos yeux, nous pouvons apercevoir cette vie cyclique rythmée comme des saisons, reconnaître sa présence en nous mais aussi percevoir que nous faisons partie d’un cycle global dont participe chaque être vivant de la planète à l’exception de celui doté du plus grand cerveau.

Selon Penelope Shuttle, poète et auteure du livre The Wise Wound², « Tous les mois, une femme a le choix : soit elle conçoit et elle a un enfant auquel elle consacre 20 ans de sa vie, soit et elle a la chance de se donner naissance à elle-même. » Combien d’entre nous vivent nos cycles ainsi? Notre menstruation est perçue comme un gêne, un handicap, quelque chose qui interfère avec nos vies. Nos cycles sont perçus comme une tempête là où nous aimerions trouver du calme, du circulaire à la place du linéaire si prisé. Nous ne voyons pas qu’ils nous ouvrent la voie de la créativité, qu’ils nous donnent pendant des années la possibilité d’enfanter de nous-même.

Je vous propose la lecture d’un texte fort, une incantation de naissance issue de Babylonie, écrite il y a plus de 3000 ans.

« Dans les eaux du coït des os étaient créées. Avec un tissu de muscle, le bébé a pris forme. Dans les eaux de la mer turbulente et effrayante où les membres de l’enfant étaient noués, au coeur duquel l’oeil du Soleil ne pénètre pas – là le Dieu Asarluhi l’a vu. Il a ouvert les liens qui le retenaient, il a préparé la route pour lui, il a ouvert le chemin. La voie est ouverte pour toi. La voie est dégagée. Elle t’aidera, Elle la Créatrice, Celle qui nous a créés tous. Aux serrures Elle dira « Soyez ouverts. » Les seuils de la porte sont écartés. La porte est levée. En tant qu’enfant désiré, mets-toi au monde. »

Tu es cet enfant désiré et à la fois tu es sa mère. Mets-toi au monde. Mets les énergies puissantes qui émanent de ton utérus dans le monde. Nourris ta terre et tu nourriras la Terre. Quel que soit ton âge, vis-toi comme la femme fertile que tu es.

Je préparais mes bagages avant de quitter mon lieu de stage et j’ai tiré une carte Féminitude. L’Enfantement et son message : accouchez de vous-même sans tarder! What else?! Je t’invite à te mettre au monde avec moi.

1 Auteur du livre ‘Is Menstruation Obsolete?’ et je suppose, un homme qui ne mange pas d’œufs… (des ovulations sans fécondation, pour celles qui ne sont pas habituées à mon 2ème degré anglais)

2 Le titre se traduit par La Blessure Sage, livre phare sur la menstruation des années 70 mais malheureusement, pas traduit en français.
Licence Creative Commons
Mets-toi au monde de Jacqueline Riquez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

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Un commentaire pour Mets-toi au monde

  1. Atty dit :

    Belle incantation…hors temps.
    Les Lunes, j’y suis.Je les suis.Elles me suivent. Nous nous suivons.
    Dans la Danse.
    Main tendue, main prise.
    Belle article.
    Se mettre au monde.Mouvement.
    Etre au monde. Enracinement.
    Respiration, peau ondulante.Mouvement.
    Regard pénétrant. Pénétration.
    Rire.rire du fond de gorge.
    Et accueillir. Se poser en soi. Et j’émerge; Comme toi. dans ton temps.
    baiser ma belle

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