Pourquoi je n’ai pas fini de parler de la menstruation

Un petit mot sur les mots en préambule : entre les règles (trop hard), la menstruation (trop médical), les lunes (trop baba), le sang (trop gore) c’est très difficile à écrire un texte qui ne fera pas bondir quelqu’un. Je vous propose une expérience radicale : prenez tous ces mots et balancez-les dans le lave-linge avec la prochaine lessive, 60°C minimum. Celles qui connaissent les couches et les serviettes lavables savent que TOUT ressent la rose après un lavage à haute température. Désormais, vos mots sentent bien, libérés des connotations négatives et de jugements de valeur. Ils sont des contenants vides – libre à vous de les remplir avec ce qui vous chante. 

Donc voici pourquoi je n’ai pas fini de parler de la menstruation :

1 Parce que la menstruation fait partie de nous, de nos corps, de nos systèmes reproductifs qui, entre autres, assurent la continuité de notre espèce. Pourquoi je me garderais de parler de quelque chose qui est naturel? Devrais-je me taire sur d’autres fonctions de mon corps également? Consigner le hoquet au silence? Rester muette sur la toux? Quand il n’accueille pas le miracle de la vie, ce corps de femme se mue tous les mois, se régénère et ainsi assure sa longévité, ce qui est miraculeux en soi. J’en parle.

2 Pour que les femmes et en particulier les jeunes filles apprennent autre chose que la souffrance, le déni et la honte. C’est ce qu’on finit par leur léguer faute d’un discours ouvert sur la menstruation et sur le corps dans sa globalité. Le corps de la femme a grand besoin d’être réhabilité, aimé pour ce qu’il est – et ose-je dire – comme il est. Nous avons tendance de vivre nos corps comme des chantiers de rénovation, et tout comme les travaux, on sait quand ça commence mais on ne sait jamais quand ça termine. Quand on arrive à accepter nos corps tels qu’ils sont, à en parler sans jugement et avec amour, je n’aurai plus besoin d’en parler. Mais nous en sommes loin encore. J’en parle.

3 Ma mère m’a fait un très grand cadeau au moment de la ménarche. Faut savoir qu’en anglais, le terme ‘The Curse’ – la Malédiction – est un surnom très courant pour la menstruation. Ma maman qui avait vécu sa ménarche sous le silence m’a dit qu’elle ne voulait pas m’entendre utiliser ce terme de ‘malédiction’ : « ton cycle est une bénédiction et la preuve que ton corps de femme fonctionne comme il faut. » Depuis quelques années je commence à vivre mon cycle ainsi, d’autant plus depuis que j’y mets de la conscience. J’aime mes saisons à moi. Je voudrais que toute fille, toute femme puisse dire autant. Jusque là, j’en parle.

4 Des choses incroyables commencent à se passer quand le dialogue s’ouvre sur la menstruation : les crampes peuvent s’atténuer, les kystes peuvent disparaître, tout peut changer quand on permet à cette source interne de couler librement. En s’ouvrant au dialogue, on s’ouvre à la guérison. J’en parle.

5 Pendant longtemps, mon sang était relégué à la poubelle ou au toilette, normal car il n’avait pas plus de valeur qu’un déchet quelconque. L’épiphanie de la coupe menstruelle a commencé par sortir le sang de son exil honteux. Il a suffi de quelques cycles d’émerveillement devant mon sang sur la porcelaine du lavabo avant que l’idée me vienne de le monter en grade, d’en faire un engrais naturel. Les plantes appréciaient! J’ai même une amie en Espagne dont le conjoint a la main verte : c’est cet homme qui vient lui faire la quête de la part de ses plantes chaque mois! L’ascension du sang menstruel n’arrête pas là : des chercheurs américains ont découvert qu’il contient des cellules souches avec 100 000 fois plus de facteurs de croissance que des cellules souches du cordon ombilical. Pouvez-vous imaginer un monde où une femme gagnerait autant à vendre son sang que faire du lap-dance? J’en parle!!!

6 En ce qui concerne la menstruation, je me suis tue pendant plus d’un quart d’un siècle. Et j’en ai marre…

J’en parle!

Et si tu en parlais aussi?

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Pourquoi je n’ai pas fini de parler de la menstruation de Jacqueline Riquez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

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7 commentaires pour Pourquoi je n’ai pas fini de parler de la menstruation

  1. Fae dit :

    Bonjour ,j’ai adoré votre texte je l’ai partager sur mon blog (avec mention que ca vient de vous bien sur)
    J’habite de l’autre côté de l’océan mais j’aurai aimer participer a vos  »tente rouge »
    BOnne continuation a vous

    Fae

    • Jacqueline dit :

      Merci! J’espère qu’avant la fin du mois, il y aura un nouveau site de la communauté féminine en ligne, qui permettra une grande Tente Rouge virtuelle à se passer! Et ô bonheur, il n’y aura pas une tente à monter et à démonter après! Affaire à suivre car même de l’autre côté de l’océan, on pourra participer 🙂

  2. Un trés beau texte que j’apprécie beaucoup. Merci. Sortir de la vision négative. Assumer, s’assumer pleinement.Être Femme. Tout simplement épanouie, et fiere. Surtout. Je suis.

    • Jacqueline dit :

      Oui! Si on était fières juste d’être femmes tout simplement? D’être des canaux de ces énergies entre les pôles du soleil et de l’eau, des arbres fémini-formes qui remontent et descendent ces énergies en permanence et ce même sans faire des bébés – il y a de quoi être fière! Félicitations de votre blog aussi 🙂

  3. Ping : Les règles menstruelles | Pearltrees

  4. Ophrys dit :

    Modifier la vision négative de la menstruation a été un déclic pour moi lorsque j’avais 24 ans car je souffrais physiquement durant ces jours-là. J’avais lu un beau texte à ce sujet (je ne sais pas si je peux le citer ?) qui m’a permis de vivre ces moments, ces jours d’une façon tellement différente. J’ai prénommé ma menstruation. C’est un secret entre elle et moi….. Elle est devenue une personne dans ma vie que je retrouve mensuellement ! Quelle bonne idée, et quelle rencontre complice mensuelle, nous sommes devenues amies, elle ne m’a plus fait souffrir… un hasard ?

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